Le spectacle est terminé. Les lumières reviennent, les enfants quittent leur place et l’artiste commence à ranger. Pourtant, pour certains jeunes spectateurs, l’histoire n’est pas terminée du tout. Quelques minutes plus tard, ils rejouent déjà une scène. L’un prend une baguette imaginaire. Un autre devient le magicien. Et celui qui n’a rien trouvé comme accessoire se transforme quelquefois en lapin.
C’est une réaction que l’on remarque facilement après un spectacle qui a vraiment accroché les enfants. Ils ne répètent pas forcément ce qu’ils ont vu exactement. Ils changent les personnages, inventent une autre fin et mélangent parfois deux numéros qui n’avaient aucun rapport. Ce n’est pas très fidèle au spectacle original. Mais justement, c’est là que cela devient intéressant.
L’enfant ne se contente plus de regarder. Il récupère un morceau de ce qu’il vient de voir et en fait quelque chose à lui. Un décor, une formule magique, un personnage ou simplement une situation drôle peuvent suffire pour que l’histoire continue longtemps après le départ de l’artiste.
Le spectacle continue quelquefois dans la voiture du retour
Il n’est pas nécessaire d’attendre le lendemain. Après une représentation, certains enfants commencent à raconter ce qu’ils ont vu dès qu’ils retrouvent leurs parents. Et leur version est quelquefois surprenante. Un petit détail devient l’événement principal. Un personnage secondaire prend soudain beaucoup d’importance. Le tour qui a duré trois minutes occupe presque tout le récit. À l’inverse, une séquence que l’adulte pensait spectaculaire peut être complètement oubliée.
C’est particulièrement visible après un spectacle pour enfants en Savoie ou ailleurs lorsque le jeune public a participé. Celui qui est monté devant les autres ne raconte pas simplement le tour. Il explique où il était, ce que le magicien lui a demandé et ce que ses camarades ont crié. Il ajoute parfois quelques détails. L’histoire commence déjà à lui appartenir.
Les enfants ne rejouent pas forcément ce que l’artiste avait prévu
Un artiste peut avoir travaillé son numéro pendant des années et découvrir que les enfants retiennent autre chose. La chute volontaire d’une baguette. Le lapin qui a bougé au mauvais moment. Une phrase dite par un camarade. Cela peut sembler secondaire pour l’adulte, mais pas pour eux. Le lendemain, deux chaises deviennent une scène et une serviette fait office de rideau. La magie recommence, mais avec de nouvelles règles.
On retrouve souvent les mêmes transformations. L’enfant reprend une idée simple puis la pousse ailleurs. Le héros change, le problème n’est plus le même et la fin peut devenir complètement différente. Même un accessoire banal suffit quelquefois : une boîte vide devient coffre mystérieux, une cuillère se transforme en baguette et une peluche prend le rôle de l’assistant.
- un enfant reprend le rôle du magicien ou du personnage principal ;
- un frère, une sœur ou un camarade devient volontaire malgré lui ;
- des objets de la maison remplacent les accessoires du spectacle ;
- une scène est répétée puis modifiée à chaque nouvelle version ;
- un personnage absent de la représentation est ajouté à l’histoire.
Ce que les enfants inventent montre souvent ce qu’ils ont retenu
Demander directement à un jeune enfant ce qu’il a préféré donne parfois une réponse très courte : « le lapin », « quand il s’est trompé » ou « quand Mathis est monté ». Pourtant, lorsqu’il commence à jouer, beaucoup plus de choses ressortent. Il reproduit une façon de parler. Il cache un objet. Il demande au public de fermer les yeux. Sans le savoir, il reprend la mécanique du spectacle.
C’est pour cela que le jeu qui suit une représentation est intéressant à observer. Il ne constitue pas une copie exacte. Le souvenir est déjà mélangé avec ce que l’enfant connaît. Un tour de magie peut devenir une aventure de super-héros. Une marionnette peut rejoindre les personnages de ses dessins animés. Il ne cherche pas la fidélité. Il cherche surtout à continuer.
Un personnage peut rester présent bien après le rideau final
Certains personnages fonctionnent mieux que d’autres parce qu’ils sont faciles à reconnaître. Un magicien avec son chapeau, une marionnette avec une voix particulière, un clown, un animal ou un personnage qui commet toujours la même erreur donnent immédiatement quelque chose à imiter. Les enfants n’ont pas besoin de connaître toute l’histoire. Quelques signes suffisent.
Cela explique pourquoi les costumes et les accessoires ont encore leur intérêt dans un spectacle jeune public. Une silhouette identifiable aide l’enfant à entrer rapidement dans l’univers. Après la représentation, elle est également plus facile à reproduire. Un chapeau posé de travers et voilà le personnage revenu dans le salon. L’imagination fait le reste.
La participation donne encore plus de matière pour inventer
Un enfant qui regarde possède déjà des souvenirs. Celui qui participe possède en plus son propre petit morceau du spectacle. Cela change beaucoup de choses. Il ne dit plus seulement : « le magicien a fait disparaître quelque chose ». Il peut raconter : « il m’a demandé de tenir la boîte et après elle était vide ». Son rôle est devenu personnel.
Dans une représentation pour enfants, faire participer ne consiste pourtant pas à faire monter quelqu’un toutes les trois minutes. Trop de volontaires cassent le rythme et finissent par transformer la scène en file d’attente. Quelques participations bien choisies ont davantage d’effet. Et il faut savoir prendre le bon enfant. Certains lèvent les deux bras. D’autres voudraient venir mais n’osent presque pas regarder l’artiste. Là aussi, l’expérience aide.
Les meilleurs déclencheurs sont souvent très simples
Pour qu’un enfant puisse prolonger une histoire, il faut qu’il ait compris au moins une partie de ce qui s’est passé. Une intrigue extrêmement compliquée donne parfois moins de matière qu’une situation toute simple. Le magicien cherche sa baguette. Elle est derrière lui. Les enfants le voient. Lui, évidemment, regarde partout sauf au bon endroit.
Le lendemain cette situation peut être rejouée sans aucun matériel particulier. C’est probablement l’une des raisons pour lesquelles certains passages survivent mieux que d’autres. Ils sont faciles à raconter, faciles à imiter et les rôles sont immédiatement compris.
| Élément du spectacle | Ce que l’enfant peut en faire ensuite | Ce qu’il faut pour le rejouer |
|---|---|---|
| Personnage reconnaissable | Imiter sa voix, son attitude ou inventer une nouvelle aventure | Un chapeau, un vêtement ou simplement de l’imagination |
| Erreur volontaire | Reprendre la situation et faire participer les autres | Presque rien |
| Objet qui disparaît | Inventer son propre tour | Une pièce, un foulard ou un petit objet |
| Participation d’un enfant | Rejouer la scène en changeant les rôles | Un frère, une sœur ou un camarade |
| Animal ou marionnette | Créer d’autres dialogues et aventures | Une peluche peut suffire |
Un spectacle trop rempli laisse quelquefois moins de place après
On pourrait penser qu’un spectacle doit montrer le maximum de choses pour marquer les enfants. Ce n’est pas forcément une bonne idée. Lorsqu’un effet chasse immédiatement le précédent, il n’y a plus beaucoup de respiration. L’enfant regarde, puis regarde encore, sans avoir le temps de revenir sur ce qu’il vient de voir.
Un bon rythme comprend aussi des moments plus calmes. Une parole, une attente, un objet posé sur une table qui servira plus tard. Il faut quelquefois accepter qu’il ne se passe rien d’extraordinaire pendant quelques secondes. La curiosité travaille aussi dans ces moments-là. Et lorsque quelque chose arrive enfin, la réaction est souvent plus forte.
Les spectacles interactifs donnent naturellement envie de recommencer
Un spectacle où l’enfant doit répondre, prévenir un personnage ou prononcer une formule lui fournit déjà les règles d’un futur jeu. Il sait quoi dire et à quel moment. C’est beaucoup plus facile à reproduire ensuite qu’une démonstration uniquement contemplative. Les spectacles familiaux interactifs ont justement cet avantage : ils créent des situations que le public peut reprendre à sa manière.
Mais interaction ne veut pas dire agitation permanente. Lorsque tout le monde crie du début à la fin, les enfants finissent par ne plus distinguer les moments importants. L’artiste doit reprendre la salle, ralentir, puis relancer. C’est un équilibre. Le silence d’une salle attentive peut être aussi intéressant que son éclat de rire quelques secondes plus tard.
Les adultes découvrent quelquefois une autre version du spectacle
Après la représentation, les parents n’ont pas forcément retenu les mêmes passages que leurs enfants. C’est assez amusant. Un adulte parle du numéro techniquement impressionnant. L’enfant répond avec l’histoire de la baguette qui est tombée. Les deux ont assisté au même spectacle mais n’en rapportent pas la même chose.
Lorsqu’ils en reparlent ensemble, les versions se mélangent. « Non, ce n’était pas à ce moment-là. » « Si, et après le lapin est arrivé. » Le souvenir devient alors familial. Les autres ajoutent ce qu’ils ont vu et le récit continue de bouger. Il n’est donc pas utile de prétendre qu’un enfant conserve une reproduction parfaite de la représentation. Ce n’est manifestement pas ce qu’il cherche à faire.
Le dessin est une autre manière de fabriquer une suite
Tous les enfants ne rejouent pas les scènes à voix haute. Certains dessinent. Là encore, ce qui apparaît sur la feuille peut être assez éloigné de ce qui était réellement sur scène. Le décor prend des proportions immenses. L’animal devient le personnage principal. Le magicien possède soudain dix accessoires qu’il n’avait jamais utilisés.
Pour un parent ou un enseignant, il n’est pas nécessaire de corriger. « Non, le chapeau n’était pas rouge » n’apporte pas grand-chose. Une question fonctionne mieux : « Et ensuite, qu’est-ce qui arrive ? » L’enfant peut alors reprendre son histoire au point où le spectacle réel s’était arrêté.
La magie se prête particulièrement bien à ces prolongements
La magie pose sans arrêt de petites questions. Où est passée la pièce ? Comment le foulard est-il arrivé là ? Pourquoi cette boîte était-elle vide juste avant ? Un enfant n’a pas besoin de connaître la méthode pour essayer d’inventer une réponse. C’est même parfois mieux qu’il ne la connaisse pas.
À la maison, il essaie alors de fabriquer son propre système. Une pièce passe sous une serviette. Une carte est cachée maladroitement derrière le dos. Le secret est souvent visible par toute la famille, mais ce n’est pas très grave. À cet instant, l’enfant ne cherche pas nécessairement à devenir illusionniste. Il rejoue surtout la position de celui qui sait quelque chose que les autres sont censés ignorer.
Les animaux et les marionnettes ouvrent encore d’autres histoires
Lorsque le spectacle comporte une marionnette ou un animal, la suite devient encore plus facile à inventer. Le personnage peut parler, partir ailleurs, rencontrer quelqu’un ou revenir le lendemain. Une peluche présente dans la chambre suffit ensuite pour continuer le scénario.
Avec un lapin ou des colombes, la réaction est différente de celle provoquée par une carte ou une pièce. L’animal possède sa propre présence. Les enfants le regardent bouger et certains oublient presque le magicien pendant quelques secondes. Dans leur histoire du lendemain, il n’est donc pas étonnant que l’animal prenne parfois toute la place.
Il vaut mieux laisser un enfant transformer l’histoire
On pourrait vouloir lui rappeler exactement ce qui s’est passé. Pourtant ce n’est pas forcément utile. Lorsqu’un enfant affirme que le magicien a fait apparaître trois lapins alors qu’il n’y en avait qu’un, il ne rédige pas un compte rendu destiné aux archives. Il raconte son spectacle à lui.
C’est aussi là que l’on retrouve la force de l’imaginaire des enfants. Le spectacle fournit un point de départ. Ensuite chacun prend une autre direction. Ce prolongement peut passer par le jeu, le dessin, une histoire racontée au coucher ou une représentation improvisée devant les grands-parents.
Une représentation peut donner envie de créer son propre spectacle
Voilà une autre réaction intéressante. Après avoir vu un artiste, certains enfants ne veulent plus seulement rejouer un passage. Ils veulent faire « leur spectacle ». Ils installent des chaises, demandent aux adultes de s’asseoir et ferment une porte pour préparer quelque chose en secret. Quelques minutes plus tard, la représentation commence.
Tout n’est pas toujours prêt. Le tour rate. Un accessoire manque. Le public doit attendre pendant que l’enfant cherche quelque chose dans sa chambre. Mais le mécanisme est là. Il a vu qu’un spectacle possède un début, des spectateurs, des surprises et une fin. Il essaie maintenant de construire le sien.
Ce qui reste après le spectacle compte aussi
L’intérêt d’une représentation pour enfants ne se mesure donc pas uniquement pendant l’heure où l’artiste est présent. Les rires et les applaudissements comptent, bien sûr. Mais ce qui se passe ensuite donne également une indication. Un enfant qui reparle d’un personnage, reprend une formule ou invente son propre numéro montre que quelque chose a continué à travailler dans son imagination.
Il ne faut toutefois pas transformer cela en règle scientifique. Tous les enfants ne réagissent pas de la même façon. Certains racontent tout immédiatement. D’autres semblent passer à autre chose et ressortent une scène plusieurs jours plus tard. Quelques-uns préfèrent simplement garder leur souvenir sans le rejouer.
Conclusion : le rideau tombe mais l’histoire peut continuer
Un spectacle destiné aux enfants ne s’arrête donc pas forcément au dernier applaudissement. Il peut continuer dans la voiture, dans la cour de récréation, autour d’une table ou au milieu du salon. Une baguette imaginaire suffit. Un enfant reprend le rôle de l’artiste et les autres deviennent immédiatement son public.
C’est peut-être là l’un des signes les plus intéressants d’une représentation qui a touché juste. Le jeune spectateur n’a pas seulement consommé un divertissement. Il a récupéré une idée et l’a transformée. Il change la fin, ajoute un personnage et recommence. L’artiste avait terminé son spectacle. L’enfant, lui, vient seulement de commencer le sien.
